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Le washi Shiroishi

En cette période de fin d’année, c’est la remise des diplômes! Dans la préfecture de Miyagi , une des préfectures du Tôhoku touché par le monstrueux tsunami de 2011, des élèves de 2nde année ont été conviés dans les ateliers de washi de la ville de Shiroishi pour confectionner du washi shiroishi (白石和紙), le papier qui servira à l’impression de leur diplôme. Les élèves ont pu expérimenter le processus de fabrication, depuis la récolte de la plante au façonnage de la feuille (kami suki).

白石和紙で「私の卒業証書」

白石和紙で「私の卒業証書」 Photo: Kahoku News

Le washi Shiroishi porte le nom de sa ville d’origine . Le papier fut fabriqué à Shiroishi des époques Edo à Meiji, et servait surtout à la confection de fibres pour vêtement, ou directement des vêtements. Aujourd’hui encore, le créateur Issey Miyake a eut bon goût d’utiliser ce washi pour certaines de ses créations. Le Shiroishi washi est un papier fabriqué à partir de kaijinoki (Broussonetia papyrifera), un des 2 espèces de mûrier à papier qui sert à l’hybride kôzo (B.papyrifera x B.kazinoki) d’aujourd’hui.

ISSEY MIYAKE Création 1982 - Photo:Eiichiro Sakata

ISSEY MIYAKE Création 1982 – Photo:Eiichiro Sakata

La production principale de Shiroishi washi s’est arrêtée en 2015, à cause du grand âge de Mashiko Endo, artisane et femme de l’artisan Tadao Endo (décédé en 1997, et qui avait fait revivre la fabrication de ce washi). Mais la ville de Shiroishi met tout en oeuvre pour garde vivant et intact le patrimoine et la fabrication de ce superbe washi, qui a fait les grandes heures du papier japonais il y a 300 ans.  Je vous invite donc à visiter les ateliers restant de washi Shiroishi lors de votre séjour au Japon (voir carte des ateliers de papier), ainsi que la très (vraiment très, très) belle région du Tôhoku pour soutenir ses habitants dont la vie est toujours emprunte des conséquences du tsunami du 11 mars 2011.

Mashiko ENDO - Photo: ReVALUE NIPPON

Mashiko ENDO – Photo: ReVALUE NIPPON

Sources:
« Mon diplôme en washi Shiroishi »
« Shiroishi washi et terroire: Mashiko Endo de l’atelier Shiroishi Washi »
« ISM Vol. 158 – La force do Tôhoku »
« Construire avec les matériaux locaux« 

Série d’articles sur les papiers japonais à motif

いせ辰の千代紙

Papiers chiyogami de la boutique Isetatsu

Je vais inaugurer une ambitieuse série d’article sur les différents papiers japonais à motif, avec un premier post sur le papier ayant inspiré le nom de ce blog, le chiyogami. J’ai commencé à me documenter plus sérieusement sur ces différents papiers car je voulais un peu sortir de cette confusion entre tous les modes d’impression, dans un joyeux mélange de savoir-faire entre l’industrie textile et papier.

En fait, c’est surtout le côté technique de l’impression au pochoir, en sérigraphie ou gravure sur bois qui m’attire. Ce qui est aussi intéressant de ce point de vue est que l’on peut ainsi voir les intéractions qui ont eu lieu durant des décennies entre le monde occidental et le Japon, mais plus largement l’Asie car la Chine est le berceau du papier que l’on connaît sous l’une des ses formes, le washi.

Dans la série, j’inclurai aussi des articles sur le papier katazome et le papier yuzen dont les formes aussi divers selon les régions du Japon où ils sont confectionnés. Les connaissances que je partagerai dans ces articles sont avant-tout issues d’ouvrages que j’ai lu, mais pour l’essentiel en japonais. Mes réactions quand je déchiffre des textes ou parcours des pages internet vont du « Ah, d’accord! » au « Ah bon? » au « Oh! Mais biensûr! » pour finir par « Eeehhh… » C’est passionnant :D 

Ce travail me fait comprendre à quel point la confection du papier japonais reste opaque, car la communication dans des langues que tout oppose est, malheureusement, un obstacle pour diffuser un savoir dont on est beaucoup à être curieux et admiratif. Allez, on retrousse ses manches, et c’est parti…

La suite, au prochain article: le papier chiyogami :)

Décorer son portable avec du papier japonais

 

Tutoriel DIY Decoration Portable

Je le trouvais un peu triste mon téléphone portable, et j’avais plein de papier japonais pas loin. Alors ni une, ni deux, j’ai acheté une coque transparente et j’ai découpé du papier yuzen pour le glisser dans la coque. Et rendre mon portable trop joli.

Le résultat est parfait,  et mon portable est unique. En plus, je peux changer de papier quand ça me plait, puisqu’il y a 10 feuilles différentes dans la Washi Box!

Petit tutoriel très simple en image
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déco pour sapin de noël

déco sapin papier japonais washi

Et si on mettait un peu de Japon dans le sapin de Noël? Et, est-ce que le Japon met des sapins de Noël dans ses rues? Oui, il y en a quelques uns dans les grands magazins. Et on en achète en plastique pour chez soi, que l’on ressortira d’une année sur l’autre. C’est un peu triste le plastique, alors je lui mets des jolis motifs japonais. J’aime beaucoup mon sapin et ses boules exotiques.

Je vous explique comment j’ai fait dans ce tutoriel :)

Elaine Cooper – Artiste washi

Voici la traduction en français d’un article paru dans le Japan Times ce mois-ci. Il parle d’Elaine Cooper, une artiste anglaise qui utilise le washi pour ses tableaux et impressions. Elaine Cooper oeuvre aussi pour la promotion de ce medium, essentiellement pour ceux confectionnés dans la région de Mino.

Mino, dans la préfecture de Gifu entre Nagoya et Nagano, est en effet un des hauts lieux du papier japonais. En 2014, un des washi manufacturés dans cette région, le honminoshi (本美濃紙, littéralement ‘véritable papier de Mino’), a été inscrit au patrimoine culturel par l’UNESCO.

Ce qui rend le honminoshi si exceptionnel est la plante utilisée pour sa fabrication: le nasu kôzo, du mûrier à papier de Nasu. Nasu est une région entre les préfectures de Tochigi et Ibaraki, au nord de Tokyo. Et le kôzo qui y est cultivé est une fibre de très haute qualité. Une feuille de honminoshi coûte environ 2000 yens (15€).

L’article original est paru en ligne dans le Japan Times du 24 Novembre 2015 et est disponible en cliquant sur ce lien: « British washi evangelist rolls out medium as canvas for artists »

Papermaker Elaine Cooper receives advice from washi expert Akira Goto in this 1998 file photo. Cooper, who studied the craft in Mino, Gifu Prefecture, is now promoting handmade washi in Britain. | COURTESY OF ELAINE COOPER/KYODO

Papermaker Elaine Cooper receives advice from washi expert Akira Goto in this 1998 file photo. Cooper, who studied the craft in Mino, Gifu Prefecture, is now promoting handmade washi in Britain. | COURTESY OF ELAINE COOPER/KYODO

LONDRES – Un nombre croissant d’artistes et de designers explorent le potentiel du papier artisanal japonais en tant que nouveau support de travail, selon l’artiste Elaine Cooper, une des rares experts étrangers dans ce domaine.
Cooper, 55 ans, a passé 10 ans à Mino dans la préfecture de Gifu. Elle a appris à faire du washi de manière artisanale et vante aujourd’hui les vertus de cet artisanat polyvalent au grand public.

Elle raconte qu’à mesure que les designers anglais se tournent vers l’Orient pour leur inspiration, ils s’éloignent des medium traditionnels et cherchent quelques chose de différent comme le washi.

Le processus de fabrication du washi commence par écorcher l’écorce extérieur de la plante de mûrier à papier et la tremper dans de l’eau pendant des jours. Puis l’écorce est bouillie avant que d’autres impuretés soient retirées.
Les fibres sont battues en utilisant des bâtons de bois et maillets, mélangées dans un baquet d’eau contenant une solution micellaire et filtrées sur un écran de bambou dans un cadre de bois, avant que le papier fini ne soit pressé et séché au soleil.

Cooper, qui vit aujourd’hui à Bristol en Angleterre, pris connaissance du processus pour la première fois en 1991 lorsqu’elle fut invitée à assister à un festival du Japon à Londres. Cette licenciée des beaux-arts avait déjà un background en fabrication du papier et utilisait des fibres de légumes et du coton pour fabriquer du papier pour ses gravures.

Cooper fut fascinée par la finesse et la transparence du washi qu’elle empilait les uns sur les autres pour créer des tableaux. Son enthousiasme marqua les artisans japonais qui lui demandèrent de venir étudier à Mino et travailler aux côtés d’artisans traditionnel du papier Honminohshi.

“Ils ont tellement été gentils de m’inviter mais ils avaient des doutes que j’y parvienne,” relate Cooper. “Jétais une étrangère travaillent avec des maîtres japonais fabriquant du papier traditionnel au Japon. J’était un peu une bête curieuse, je pense, mais je me sentais privilégiée.”

La ville de Mino m’a demandé d’enseigner l’anglais et les arts le matin, et de 11h30 à minuit, je pouvais travailler dans les studio papier. C’était un style de vie inhabituel.

Akira Goto, mon sensei (maître), est incroyablement talentueux et très patient. Il est comme un père pour moi. Je ne savais pas parler japonais et il ne savait pas parler anglais, mais nous trouvions un moyen de communiquer. Mes compétences dans la manufacture du papier progressaient à mesure que mon langage se développait. J’ai adoré chaque minute.”

A son retour, Cooper décide de faire de la promotion du washi auprès du public anglais son but, et crée depuis des papier colorés dans ses studio à Bristol.Elle donne aussi régulièrement des lectures, démonstrations et ateliers.
L’artiste vend aussi son propre washi qui est mixé avec des petites quantités de coton pour le rendre plus solide à l’impression. Par ailleurs, Cooper approvisionne les artistes en pulpe de mûrier à papier et importe du washi.
Elle fait aussi la promotion du washi auprès d’autres artistes et designers dans l’intention d’élargir l’attrait de ce papier.

En 2014, le washi a été enregistré par l’UNESCO sur la liste d’héritage culturel intangible avec les types Honminoshi de Gifu, Hosokawashi de la préfecture de Saitama et le Sekishubanshi de la préfecture de Shimane.
Cooper envoie des échantillons de washi à travers le pays pour montrer aux artistes la polyvalence du papier. Elle renvoit leurs impressions à ses collègues japonais.

“Le washi est très résistant, ne se dégrade pas et est extrêment beau, texturé et polyvalent. Je souhaite faire connaître aux gens ses merveilleuses propriétés.La demande est croissante. On peut l’utiliser pour la teinture, l’impression et la couture, pour des luminaires, écrans, vêtement, sculptures et des installations. Les fibres du mûrier peuvent aussi être tressées et filées pour en faire des objets, comme des paniers.” raconte-t-elle.
“Au Japon, même si les Japonais utilisent du papier machine de type occidental, il y a toujours cette place dans leur coeur pour le washi. Heureusement, la tradition sera transmise. Le washi a une immense influence sur le Japon.”

Le washi est utilisé depuis des siècles par des artistes d’estampes japonais, mais aussi pour des documents officiels.
L’artiste Mary Collet raconte “L’usage des papier artisanaux d’Elaine pour le Chine-collé (une technique d’impression) donne aux dessins une texture subtile, qui les rend encore plus intéressants. Malgré son grammage léger, le papier washi est très résistant et facile à utiliser.”