Le paradoxe d’hanami


En ce moment au Japon, O Hanami bat son plein. 

O Hanami, c’est un évènement extrêmement populaire dans ce pays. Hanami veut dire « admirer les fleurs ». En effet, lorsque les cerisiers japonais fleurissent, les Japonais ont coutume de se réunir entre amis, en famille pour manger…mais surtout pour boire. Tout l’intérêt de la chose est là: se rassembler pour partager des bons moments, sous les fleurs de sakura que l’on admire et qui ne fleurissent qu’une semaine à 10 jours par an. La floraison est courte, et si le temps est mauvais (comme en ce moment à Kyoto), le spectacle dure encore moins longtemps et l’on en profite peu.


La floraison de ces cerisiers japonais est vraiment impressionnante. Hanami a pour principe que cette beauté éphémère doit rappeler le temps qui passe et son impermanence. On ne doit pas s’attacher, ni regretter. Les samourai (qui suivaient les préceptes bouddhiques) y ont aussi vu une allégorie de leur vie. Un symbolisme dont les racines religieuses ont imprégné le rite populaire par la suite. Ca me rapelle Ronsard: Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain / Cueilllez dès aujourd’hui les roses de la vie.


Enfin, ça, c’était avant. Parce qu’au jourd’hui, Hanami, c’est vraiment pas de tout repos. Les jours, voire les semaines, précédant la floraison, il y a une fébrilité qui s’empare du Japon. Et lorsque les bourgeons pointent le bout de leur bouton, tout le monde trépigne d’impatience. Vite, vite, où est-ce qu’on va faire hanami? Un parc, une rivière, un jardin? Et bien sûr, TOUT est mis au parfum de sakura.

Hanami a une proportion démantielle au Japon. C’est la fête du printemps, mais la fête des porte-monnaie, incontournable dans une société aussi hyperconsommatrice que celle-ci. Et lorsque la floraison a commencé, c’est la guerre pour trouver un coin sous les arbres pour y poser sa bâche. Parfois, il y a des pancartes accrochées pour réserver telle place, tel jour à telle heure. Ben, oui, c’est qu’il faut se dépêcher, ça ne dure qu’une semaine!

Hanami aujourd’hui au Japon, c’est le stress. Hanami aujourd’hui au Japon, c’est oublié la vacuité de la vie. Avril sans hanami, c’est inpensable. N’importe quel cerisier/prunier/abricotier en fleur, aussi chétif soit-il est pris en photo. Par n’importe quoi, n’importe où. Je le sais, c’est la troisième fois que je suis au Japon en mars/avril.

Pourquoi cette frénésie de « devoir » faire hanami? Est-ce pour faire comme tout le monde, pour participer à la fête? Franchement, rater hanami, ça me fout les boules, même si je sais que c’est bête de penser comme ça. Surtout si je suis encore là l’année prochaine. Alors pourquoi ne pas aller méditer pour de vrai sur hanami. Et d’ailleurs, pourquoi s’attacher à regarder pousser les fleurs? C’est tellement contraire au principe de détachement que veut enseigner Hanami.

Photo: Hanami jusqu’à la nuit tombée sur les bords de la Kamogawa, Kyoto. Avril 2012.

 

4 réflexions sur “ Le paradoxe d’hanami ”

  1. Tu te prends en pleine figure le paradoxe de la société contemporaine japonaise où tout est consommation. Difficile de résister au marketing proche du lavage de cerveau… et pourtant, les valeurs traditionnelles que tu cites sont bien là, enfouie.

    J’aime beaucoup la première photo. Elle correspond assez à mon état d’esprit sur le sujet du Hanami au Japon…

    1. Ben, la première fois que je m’étais rendue au Japon, ça m’avait sacrément étonnée cette hyperconsommation, en comparaion avec l’idée que les Japonais font beaucoup d’économies. Aujourd’hui, ça ne me choque plus, question d’habitude. Parfois, si je fais pas attention, je prends le pli même. Mais je pense que ces travers de consommation, c’est plus dû à une question de générations jeunes/vieux, comme depuis la nuit des temps. Pour hanami en tout cas, c’est les jeunes boivent et les vieux regrdent.

  2. A mon sens Hanami est comme une vie en raccourci : on attend fébrilement la vue des fleurs, elles sont là on les admire, on essaie d’en profiter un maximum … et puis elles meurent tout comme l’être humain de la conception à la mort…
    j’espère pouvoir partager ce moment magique l’année prochaine….

    1. Oui, c’est cette philosophie qu’avaient adoptée les samourai, la course à la vie en moins puisque leur destinée était la guerre. En tout cas, si tu viens l’année prochaine, vous pourrez juste profiter tranquillement du spectacle. Vous aurez pas à subir la pression de cet évènement!!

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