Le papier japonais

Qui se rend au Japon et s’imprègne de sa culture traditionnelle remarque immédiatement que les arts japonais sont pratiqués avec humilité, passion et dans une infinité de détails. Chaque création est réalisée pour être contemplée, car les Japonais aiment le beau et aiment le contempler. L’art du papier japonais est connu dans le monde à travers l’origami, les papiers pliés.

Au Japon, l’art du papier fait partie des arts traditionnels et le washi 和紙 (littéralement papier japonais) est utilisé dans beaucoup d’objets du quotidien (portes coulissantes, éventail, documents d’état officiels, lanterne) ou pour des coutumes plus traditionnelles (origami, poupée, ombrelle).

Le washi est fabriqué à partir de divers végétaux, dont 3 principalement: le mûrier à papier (kôzo), la mélicope mistumata et le gampi. Le papier le plus commun est le kôzogami (楮紙), papier fait à partir du kôzo. Sa fibre issue du mûrier est plus dense, plus résistante mais moins fine que celle du gampi ou du mistumata.

Combiné avec cette créativité unique qu’ont les Japonais pour décliner des motifs à l’infini, le washi se part de couleurs et devient notamment papier yuzen 友禅 ou chiyogami 千代紙, katazomeshi 型染め紙, aizome 藍染め, itazome いた染め, et beaucoup d’autres…

Les papiers yuzen, chiyogami et katazomeshi sont des washi décorés de motifs colorés. Ils sont spécialement utilisés dans l’origami, étant donné que le washi est facilement pliable et qu’il ne se déchire pas grâce aux fibres végétales dont il est fait.

D’où viennent les motifs?

Les motifs du chiyogami et du yuzen sont inspirés de ceux de kimono. Outres les dessins traditionnels très prisés à Kyoto et ceux plus libres inspirés des costumes de kabuki à Edo (ancien nom de Tokyo), les motifs les plus populaires aujourd’hui sont ceux issus de la technique yuzen de teinture de kimono dont la créativité a atteint son apogée durant la période Edo (17e – 19e). A cette époque, le gouvernement a encouragé la culture du kôzo, notamment dans la région de Fukui, et la fabrication de papier pour être utilisé avec des objets de la vie courante (éventail, habit). Un large nombre de classes sociales s’est alors mis à fabriquer du papier et ont par la suite, créé de nombreux motifs.

L’art décoratif des kimonos par la technique yuzen est originaire de Kanazawa dans la préfecture d’Ishikawa, et a été développée par Miyazaki Yuzensai. Avant celui-ci, les tissus étaient déjà teints par une technique de blocs de bois ou de pochoir au design rustique. Miyazaki a introduit la teinture par enclavement à l’aide de pâte de riz, ce qui a permis de dessiner des motifs plus fins et plus complexes, proches de ceux des kimonos à brocards portés par les nobles de la période Heian (8e-12e).

Ce n’est que dans les année 60, que le transfert des motifs yuzen sur le papier est apparu. Aujourd’hui, on désigne par papier yuzen, le washi imprimé des motifs traditionnels et flamboyants que l’on retrouve sur les kimonos: souvent des fleurs, des éventails, des érables japonaisi, des papillons etc.

Qu’est-ce que le chiyogami ?

Couramment utilisé pour l’origami (折り紙 littéralement papier plié), le chiyogami est un papier très résistant aux pliages grâce à sa texture fibreuse. Le chiyogami est une feuille de washi encrée selon la technique qui utilise des blocs de bois gravés, chacun étant utilisé pour une partie du dessin (contour ou couleur), un processus d’impression emprunté à celle des estampes d’ukiyo-e et de nishiki-e. Les dessins que l’on retrouve sur ce papier sont la plupart du temps en référence à une symbolique de bonne augure et de longévité telle que la tortue, la grue, le pin. L’e sens du mot chiyo (mille générations) fait alors référence à cette symbolique.

Il existe principalement 2 familles de chiyogami, selon le type de motif du papier. Le chiyogami originaire de Kyoto se dit le kyochiyogami 京千代紙 et se caractérise par des motifs traditionnels et raffinés, inspirés des garde-robes des classes supérieures.  L’edochiyogami (江戸千代紙) est un papier apparu dans la capitale Edo (aujourd’hui Tokyo) dont les motifs plus colorés et plus modernes sont librement inspirés par les costumes des acteurs de kabuki, un art théâtral très en vogue à l’époque.

Kyo chiyogami

Edo chiyogami

Qu’est-ce que le katazomeshi ?

Plus élaboré à fabriquer que le chiyogami, le katazomeshi se décline avec des motifs monochromes ou à plusieurs couleurs. Sa technique de fabrication utilise aussi le principe de pochoir, avec, aussi, une application successive des différentes couleurs.
De manière simplifiée, le motif est découpé dans un papier déperlant, créant ainsi le pochoir. Ce pochoir est placé sur le washi qui sera teinté, et l’on applique une pâte de riz résistante à l’eau ainsi qu’un liquide à base d’algue et de soja. Les trous du pochoir sont ainsi comblés par ces matières et créent des zones sur le washi qui ne seront pas teintées. Après séchage, on applique alors la couleur désirée puis le washi est étuvé pour faire disparaître la pâte de riz. On réitère ce processus pour d’autres couleurs avec le pochoir adéquat. Le katazomegami est ainsi créé!

Katazomeshi

3 réflexions sur “ Le papier japonais ”

  1. Ça date cet article, mais aucune importance, puisqu’il est toujours nouveau pour celui qui ne le connait pas.

    Je l’aime beaucoup et il me parle, parce que le papier japonais, comme les tissus, sont d’une rare beauté!

    Arriver à s’en servir, voilà que leur donne toute leur raison d’exister!
    Vous le faites très bien!
    Associer le papier au quotidien sous des allures d’éphémère et fragile, voila qui change tout!

    Je vous souhaite beaucoup d’inspiration humble qui enveloppera vos créations de l’esprit qui vous habite.
    Merci beaucoup ❀

    1. C’est très gentil tout ça. Mais tout le mérite revient au papier japonais lui-même (à motif ou non). C’est un papier qui inspire beaucoup dès que l’on l’a entre les mains et qui s’adapte parfaitement à tout usge au quotidien. Les artisants japonais ont développé au cours du temps tout un éventail de grammage, de texture, de couleurs différents sans doute dans ce but.

  2. c’est très intéressant !
    j’utilise beaucoup de papier chaque jour, de différents types, sans connaître leur nom ni leurs caractéristiques. je réfléchirai davantage maintenant, avant de choisir, en fonction des usages que je souhaite en faire. :)

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