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Le washi Inshuu

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Si  vous souhaitez commander du papier washi de l’atelier Hasegawa, contactez-moi par e-mail: emilie@chiyogamitouch.com
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La Province d’Inshû

J’ai beau avoir fait 3 voyages du sud au nord, et habité depuis 5 ans au Japon, il y a encore beaucoup de préfectures dans lesquelles je n’ai pas encore posé les pieds! Comme par exemple…Tottori ? Mais ce manque est maintenant comblé car j’ai suivi Joranne (illustratrice de talent) dans un petit bout de son périple le long de la côte San-In.

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Voyant se profiler l’occasion de découvrir de nouveaux papiers, je suis partie à la recherche d’ateliers de washi dans la région où nous nous rendions. Je me doutais qu’il y en aurait. La préfecture voisine, c’est Shimane et son Sekishu washi, devenu mastodonte du papier japonais en même temps que le Hon-Mino et le Hosokawa après leur inscription en tant que patrimoine culturel intangible de l’UNESCO en 2014.

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Bingo! A 3 stations de train d’où nous logions, il y a la ville – ou plutôt les villages – d’Aoya, une des deux régions où est fabriqué le washi Inshû. Inshû (prononcer inshuu), ou plus couramment Inaba, c’est l’ancien nom d’une des provinces qui forment aujourd’hui la préfecture de Tottori (si vous voulez un peu mieux connaître cette magnifique préfecture, je vous recommande le blog Hibi no Yorokobi). Et quand je dis ancien, ça remonte à l’époque Nara, c’est à dire au 8e siècle !

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Le Washi Inshû

D’ailleurs le washi Inshû remonte lui aussi à cette même époque, alors utilisé pour les registres gouvernementaux puis comme papier officiel de la Cour impériale durant la période Heian (8e-12e). Les premières productions de washi Inshû correspondraient donc à l’époque durant laquelle le papier fut introduit au Japon.

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Depuis cette époque, les artisans de la région ont perfectionné leur technique pour produire un washi d’excellente facture. Le washi Inshû fut en effet le premier washi reconnu par le gouvernement japonais comme papier d’artisanat traditionnel. Le washi Inshû est produit à Aoya, principalement à partir du mûrier à papier kôzo, et à Sagi où le mitsumata est plus répandu (voir la page Le Washi) . Bien sûr, certains ateliers utilisent aussi du gampi, une autre plante utilisée pour la fabrication de papier japonais.

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Le washi de mistumata produit à Sagi est un papier privilégié par les grands calligraphes du Japon, du fait de sa texture extrêmement lisse qui permet une calligraphie fluide et uniforme. Quant au Gasenshi Inshû, un washi de kôzo produit mécaniquement à Aoya, celui-ci compte environ 60% à 70% de la production de washi pour calligraphie.

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Ce qui est intéressant à observer est l’effort conscient qu’ont mis les artisans pour adapter leur production aux besoins d’aujourd’hui. Beaucoup d’ateliers ont ainsi choisi de mécaniser leur production pour augmenter les quantité et proposer un washi de qualité à des prix abordables. Papier pour shôji (fenêtre coulissante), fusuma (porte coulissante), courrier, loisirs créatifs, décoration d’intérieur ou calligraphie, le washi Inshû est avant-tout dédié à un usage quotidien. Mais s’il est besoin d’un papier de qualité supérieure (calligraphie, documents officiels, restauration d’art), il existe encore quelques atelier de tesuki washi (washi fait à la main) à Sagi et Aoya.

L’atelier Hasegawa

L’objectif principal dans ma recherche d’ateliers de tesuki washi est la communication au grand public (vous, cher lecteurs ;) ) à propos d’un artisanat en dépérissement (et je pèse mes mots). Celui du washi Inshû subit lui aussi un déclin prononcé, avec la disparition de sa facture manuelle. Bien sûr, la mécanisation de la production retarde tout cela, mais, depuis son atelier à deux bacs et un teppan, l’artisan Hasegawa Norito voit chaque année ses collègues fermer les leur.

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Hasegawa-san (c’est comme cela que l’on nomme quelqu’un au Japon: en ajoutant –san pour Monsieur/Madame) fabrique du washi Inshû de façon traditionnelle depuis 35 ans, dans l’atelier – et le savoir-faire – hérité de son père. Dans l’atelier et les étages de la maison s’entassent des stocks de papier qui ne se vendent pas, ou peu. J’ai les yeux qui brillent, c’est beau toutes ces textures, ces couleurs. De vrais trésors ! Non. « Taberarenai. » me dit-il. « On ne peut pas gagner sa vie en fabriquant du washi à la main. » C’est direct, lucide. Autour du kotatsu et un thé vert fumant, on évoque ce qu’il y aurait à faire, le manque de structure coopérative, les barrières de la langue, de la logistique, des banques. Tant à revoir.

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Bien sûr, il reçoit quelques commandes à l’année. Je lui demande s’il vend du washi en dehors du Japon. Oui, un peu. Il en vend à un artiste espagnol et une distillerie anglaise de whisky. Cette opportunité, c’est grâce à un ami japonais là-bas qui a proposé à la distillerie d’imprimer ses labels sur du papier japonais. Le reste est de la vente à des musées ou artistes japonais. Pourquoi donc si peu? « Désolé, je ne parle pas anglais ! » dit-il en mimant un téléphone raccroché brusquement. Et une boutique en ligne? « Je n’ai pas le temps. C’est difficile de fabriquer le papier des commandes, puis l’envoyer. Alors une boutique en ligne en plus… »

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Hasegawa-san travaille avec Yutaka, son fils d’une trentaine d’années, et bien sûr Kyoko, sa femme. Yutaka a choisi d’apprendre à façonner le washi Inshû après des études en chimie. Pourquoi? « J’apprécie la culture traditionnelle. » Mais, tu vas reprendre l’atelier de ton père? « Je ne sais pas. » Yutaka est moins loquace que son père, et mon japonais maladroit n’aide pas. Mais je comprends qu’avec un gain minimum et des journées intenses et physiques, le fun cède la place au doute. Le manque de bras, le manque de temps, le manque de clients. C’est pas très motivant tout ça ! Après un petit achat de papier de Hasegawa-san pour la prochaine Washi Box de Mai, Yutaka m’emmène au grand atelier public AOYA pas loin. On se quittera sur un « Gambatte » (« Courage, fais de ton mieux ») mutuel, lui pour ne pas laisser tomber le tesuki, moi pour parler aux gens de son boulot. Les papiers de Hasegawa sont beaux, j’ai plus qu’à le crier sur les toits.

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L’atelier Aoya Washi Kôbô

En venant dans ce village du papier, j’avais dans l’idée de faire un petit atelier de fabrication de washi à l’atelier public Aoya. On change de décor. Cet atelier-là est grand, sur deux, trois bâtiments. Une grande salle où des groupes, d’écoliers la plupart du temps, viennent s’essayer au washi suki, puis le magasin principal bien achalandé et son petit café. Bonjour, je viens pour le taiken (atelier d’essai). « Ah oui, Emilie, c’est ça. Bienvenue à Aoya. Voilà votre badge. » Je suis la seule à faire le taiken aujourd’hui, mais j’ai vu des clients dans la boutique. Les deux hommes qui me guident pour le taiken sont drôles, mais ils ont sûrement plus l’habitude d’encadrer des enfants qu’une adulte étrangère.

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Je réalise une feuille de washi que j’illustre d’une petite scènette enfantine. C’est l’un des moniteurs qui m’a inspiré l’étoile filante super kawaii (mignonne) (je vous dis… ils encadrent plus les enfants que les adultes !). Ca me donne l’envie de faire un livre avec cette même technique, c’est poétique ! Puis on discute papier et ils me montrent le reste de la salle bien équipée en machine et matières premières pour faire le washi. Je repars vers la boutique toute contente de mon atelier avec une jolie illustration.

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La boutique a un joli espace où sont exposés des luminaires, petits objets et illustrations en washi Inshû. Un petit coin musée avec quelques objets de tesuki et une miniature d’atelier avec des poupées. C’est rigolo, mais un brin désuet. Heureusement, les papiers vendus sont bien mis en valeur et c’est joliment éclairé. Dehors, il y a quelques plans de kôzo qui ont déjà été coupés, ainsi que des arbustes de mitsumata en fleur, car c’est la saison de la floraison. Je prends des photo, et soudain, je lève les yeux et vois un bus qui passe. ZUT !! je viens de rater mon bus, le prochain est dans une heure !! Je cours à l’arrêt. Ouf, c’était dans l’autre direction. Mais déjà, le bon bus arrive et m’emmène à la toute petit gare d’Aoya, à travers les rizières de cette vallée bleue. Convaincue plus que jamais dans mes projets, je rentre à Osaka motivée à bloc ! Gambarou!

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Motifs Japonais – Origine et Signification

Vous êtes vous déjà demandé ce que représentaient les motifs sur les papiers japonais que vous travaillez? S’ils avaient une signifcation? Et d’où venaient-ils?

Pour répondre à tout ça, je suis en train de faire une petite série sur les motifs classiques japonais. Dans les articles de la série, j’explique la signification et l’origine de la plupart des motifs que l’on retrouve sur les papiers japonais.

Je pense que lorsque l’on en sait un peu plus sur le papier et ses motifs, cela apporte un nouveau regard sur notre médium. Et biensûr, cela donne des nouvelles dimensions et de nouvelles inspirations à notre créativité :) Est-ce que vous êtes d’accord?

Motifs Japonais #1 : Seigaiha
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Motifs Japonais #2 :  Yagasuri
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Motifs Japonais #3 : Asanoha
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Motif Japonais #4 : Kikkôkikko-washi-motif-japonais.jpg

Chaque dimanche, je publie un nouveau motif :) Les articles sont à retrouver sur le Blog de la Washi Box. Pour ne pas manquer un rendez-vous, suivez-moi sur ma page Facebook (y a aussi plein d’autres choses intéressantes! ^_^)

Le washi Udagami

Que sont donc ces fils?

Que sont donc ces fils?


Le papier japonais Udagami

C’est loin dans les montagnes de Yoshino dans la préfecture de Nara, que se passe la fabrication du papier japonais Udagami 宇陀紙. Je me suis rendue dans le village de Kuzu no Sato (国栖の里) pour voir l’artisan Masayuki Fukunishi (正行 福西) à son travail dans l’atelier Fukunishi Washi Honpo (福西和紙本舗). 

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Masayuki Fukunishi (正行 福西)

Le village de Kuzu no Sato regroupe plusieurs ateliers de fabrication d’objets traditionnels japonais tel que le papier japonais, les baguettes pour manger, de la poterie et un atelier de verre. Il y a aussi beaucoup de menuiserie, notamment pour la fabrication de tonneaux de saké. Assez isolé, le village n’est accessible qu’après un voyage de 20 min en taxi depuis Yamato Kamiichi (大和上市駅),  la gare la plus proche.

Après un court échange par email lui demandant s’il était possible de venir visiter le lendemain, Fukunishi Sensei eut l’amabilité d’accéder à ma requête un peu pressante. Et j’eus la chance d’être accueillie à la gare par sa femme, Astumi, qui m’a alors conduit à Kuzu no Sato.

Un papier issu du terroir

Le papier que confectionne M.Fukunishi s’appelle l’udagami. Uda est le nom du district situé le plus à l’Est de la préfecture de Nara. Ce papier est donc spécifique à la région. L’udagami fait partie des Yoshino washi (吉野和紙), et c’est aussi un papier japonais singulier par plusieurs autres aspects. Et c’est avant tout les matériaux de sa composition qui en font un papier de très bonne qualité.

La pulpe de l’udagami est entièrement produite à partir du kôzo (mûrier à papier) cultivé dans la région. Pendant le trajet pour réjoindre le village, Astumi-san m’a montré les quelques mètre-carré de “champs” (hatake 畑) de kôzo qui bordent les routes. Tous les arbustes étaient déjà dépourvus de leur branchage qui avait été récolté 3 mois plus tôt (de décembre à janvier) quand la sève retombe.

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Arbuste de kôzo dont les branches ont été récoltées

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Rebus de branches de kôzo

Dès cette récolte, les branches sont étouffées à la vapeur pour faciliter le détachement de l’écorce. Cette écorce est ensuite nettoyée, grattée et traitée comme pour la plupart des washi. Une partie de la récolte est aussi séchée afin d’être stockée pour une prochaine utilisation (il est possible d’utiliser le stock d’une année sur l’autre). 

Mais surtout, l’udagami sera façonné durant l’hiver lorsque l’eau qui descend de la montagne derrière l’atelier est la plus froide. Car pour faire un washi de haute qualité, il est nécessaire d’avoir une eau aussi pure que possible, c’est à dire à faible teneur minérale et très pauvre en composés organiques. Puis, lorsque les températures remontent en Mai, M.Fukunishi passe à la production de papier de qualité moindre.

Fibres de kôzo avant battage

Fibres de kôzo avant battage. Au fond, bac où sont bouillies les fibres.

Du fait de l’emploi de l’udagami en tant que matériel de restauration d’oeuvre d’art, le blanchiment des fibres s’effectue dans un bain de cendre de bois (kibai 木灰), et non avec un additif chimique (par exemple du chlore, comme c’est le cas dans certains ateliers). Par ailleurs, l’étape du cisaillement des fibres (qui est exécuté en batteuse à lame naginata) n’existe pas. Celle-ci est remplacée par un long battage via une batteuse mécanique puis à la main, pour préserver la longueur des fibres végétales.

Un papier issu de la nature

La principale singularité de l’udagami est l’utilisation d’un neri (colle) autre que le tororo aoi (famille des hibiscus) dont l’usage est beaucoup plus commun dans la papeterie asiatique. Est utilisée à la place, une plante de la famille des hortensias, le nori-utsugi (ノリウツギ ; 糊空木). Celui qu’utilise M.Fukunishi, est produit à Hokkaido (et potentiellement mangé par les cerfs de la région…d’où une baisse de la production ^_^).

Noriutsugi

Mucilage d’écorce de Noriutsugi

La partie interne de l’écorce du noriutsugi est battue et mise à tremper dans de l’eau pour produire un mucilage, tout comme les racines du tororo aoi. C’est cette propriété qui donne son nom commun à la plante, nori (糊) se traduisant du japonais par ‘pâte’. La solution de nori-utsugi est incorporée à la pulpe de papier juste avant la confection de la feuille (kami-suki 紙漉き ; en technique tamesuki 留め漉き).

La seconde caractéristique de l’udagami est l’utilisation d’une argile blanche shiratsuchi (白土 ; que l’on semble appeler ‘terre à foulon’ en français, ou ‘bleaching earth’ en anglais). Cette argile, elle aussi incorporée dans le bac à pulpe à papier avant confection, a à la fois des propriétés blanchissantes, anti-fongiques et évite au papier de se contracter avec le temps.

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L’ultime étape faisant appel aux bonnes volonté de la nature est le séchage du papier sur des planches de bois au soleil. Flanqué sur des planches que l’atelier possède depuis l’ére Edo, le papier met 1 à 2 heures pour sécher. Je pense que le séchage naturel (tenjitsu 天日) aide à garder une texture aérée, plus que lors de l’utilisation des plaques chauffantes d’un séchoir où les fibres du papier peuvent subir un choc thermique et se contracter.

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Feuilles en presse

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Planches de l’ère Edo

Tout ce processus, qui n’emploit aucun raccourci dans la confection du papier, fait de l’udagami un papier privilégié lors de la restauration des kakejiku (掛け軸 ; kakémono). Le papier est appliqué au dos de l’oeuvre (sourauchi 総裏打ち) à restaurer et doit assurer sa longévité (quelques centaines d’années au moins).

Un papier issu de l’homme

M.Fukunishi confectionne aussi d’autres sortes de papier, dont de l’udagami sans argile utilisé pour la calligraphie ou l’impression, et de très jolis washi teints naturellement avec de l’akebi (gris), de l’armoise yomogi (vert), du mimosa (jaune) ou encore des fleurs de cerisiers (rose).

La manufacture de l’udagami remonte à près de mille ans, et l’atelier papetier Fukunishi est aujourd’hui dirigé par une sixième génération avec Masayuki Fukunishi. Pendant 30 ans, M.Fukunishi a su intégrer et retranscrire l’enseignement de son père, le « Trésor National Vivant » Hiroyuki Fukunishi (弘行 福西), à travers le façonnage d’un washi aujourd’hui prisé par les musées du monde entier.

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M.Fukunishi confectionne environ 200 feuilles par jour

Comme tout artisanat où l’intransigeance dans le choix des matières premières, les méthodes de fabrication, les longues périodes d’apprentissage et l’isolement des lieux de manufacture rebutent beaucoup de gens, la tradition de l’udagami ne tient aujourd’hui qu’à la volonté des artisans de deux des trois ateliers de washi implantés dans le village de Kuzu.

Bien qu’il existe de nombreux washi de qualité utilisés dans la restauration d’oeuvre d’art, je pense que l’élaboration au travers des générations d’un papier pensé pour cet édifice est alors un double apport au patrimoine mondial humain, tant pour son enrichissement que sa préservation. La modestie que portent les artisans dans ce travail fastidieux mais irremplaçable est seulement exemplaire.

Les fils sont insérés entre chaque feuilles pour aider à leur séparation après le pressage

Les fils sont insérés entre chaque feuilles pour aider à leur séparation après le pressage

Je suis très reconnaissante envers Fukunishi Sensei de m’avoir accueillie dans son atelier, bien que très occupé en cette période de l’année (aux vues des récentes quantités de papier commandées par les musées!). Je remercie aussi Astumi-san d’avoir répondu à certaines questions et de m’avoir laissée pénétrer dans la réserve de papier. Mes respects à Fukunishi Obâsama pour l’aide précieuse qu’elle semble avoir donner toute sa vie dans la fabrication du washi, et pour m’avoir laissé son siège pour prendre le café. Merci à la boule de poil noirs de s’être laissée caresser par une totale étrangère ^_^

Vous pourrez retrouver du washi de Yoshino dans la Washi Box d’Avril. Bien sûr, je ne vous dis pas lequel..

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Astumi-san et le chat-qui-aimait-le-papier

Elaine Cooper – Artiste washi

Voici la traduction en français d’un article paru dans le Japan Times ce mois-ci. Il parle d’Elaine Cooper, une artiste anglaise qui utilise le washi pour ses tableaux et impressions. Elaine Cooper oeuvre aussi pour la promotion de ce medium, essentiellement pour ceux confectionnés dans la région de Mino.

Mino, dans la préfecture de Gifu entre Nagoya et Nagano, est en effet un des hauts lieux du papier japonais. En 2014, un des washi manufacturés dans cette région, le honminoshi (本美濃紙, littéralement ‘véritable papier de Mino’), a été inscrit au patrimoine culturel par l’UNESCO.

Ce qui rend le honminoshi si exceptionnel est la plante utilisée pour sa fabrication: le nasu kôzo, du mûrier à papier de Nasu. Nasu est une région entre les préfectures de Tochigi et Ibaraki, au nord de Tokyo. Et le kôzo qui y est cultivé est une fibre de très haute qualité. Une feuille de honminoshi coûte environ 2000 yens (15€).

L’article original est paru en ligne dans le Japan Times du 24 Novembre 2015 et est disponible en cliquant sur ce lien: « British washi evangelist rolls out medium as canvas for artists »

Papermaker Elaine Cooper receives advice from washi expert Akira Goto in this 1998 file photo. Cooper, who studied the craft in Mino, Gifu Prefecture, is now promoting handmade washi in Britain. | COURTESY OF ELAINE COOPER/KYODO

Papermaker Elaine Cooper receives advice from washi expert Akira Goto in this 1998 file photo. Cooper, who studied the craft in Mino, Gifu Prefecture, is now promoting handmade washi in Britain. | COURTESY OF ELAINE COOPER/KYODO

LONDRES – Un nombre croissant d’artistes et de designers explorent le potentiel du papier artisanal japonais en tant que nouveau support de travail, selon l’artiste Elaine Cooper, une des rares experts étrangers dans ce domaine.
Cooper, 55 ans, a passé 10 ans à Mino dans la préfecture de Gifu. Elle a appris à faire du washi de manière artisanale et vante aujourd’hui les vertus de cet artisanat polyvalent au grand public.

Elle raconte qu’à mesure que les designers anglais se tournent vers l’Orient pour leur inspiration, ils s’éloignent des medium traditionnels et cherchent quelques chose de différent comme le washi.

Le processus de fabrication du washi commence par écorcher l’écorce extérieur de la plante de mûrier à papier et la tremper dans de l’eau pendant des jours. Puis l’écorce est bouillie avant que d’autres impuretés soient retirées.
Les fibres sont battues en utilisant des bâtons de bois et maillets, mélangées dans un baquet d’eau contenant une solution micellaire et filtrées sur un écran de bambou dans un cadre de bois, avant que le papier fini ne soit pressé et séché au soleil.

Cooper, qui vit aujourd’hui à Bristol en Angleterre, pris connaissance du processus pour la première fois en 1991 lorsqu’elle fut invitée à assister à un festival du Japon à Londres. Cette licenciée des beaux-arts avait déjà un background en fabrication du papier et utilisait des fibres de légumes et du coton pour fabriquer du papier pour ses gravures.

Cooper fut fascinée par la finesse et la transparence du washi qu’elle empilait les uns sur les autres pour créer des tableaux. Son enthousiasme marqua les artisans japonais qui lui demandèrent de venir étudier à Mino et travailler aux côtés d’artisans traditionnel du papier Honminohshi.

“Ils ont tellement été gentils de m’inviter mais ils avaient des doutes que j’y parvienne,” relate Cooper. “Jétais une étrangère travaillent avec des maîtres japonais fabriquant du papier traditionnel au Japon. J’était un peu une bête curieuse, je pense, mais je me sentais privilégiée.”

La ville de Mino m’a demandé d’enseigner l’anglais et les arts le matin, et de 11h30 à minuit, je pouvais travailler dans les studio papier. C’était un style de vie inhabituel.

Akira Goto, mon sensei (maître), est incroyablement talentueux et très patient. Il est comme un père pour moi. Je ne savais pas parler japonais et il ne savait pas parler anglais, mais nous trouvions un moyen de communiquer. Mes compétences dans la manufacture du papier progressaient à mesure que mon langage se développait. J’ai adoré chaque minute.”

A son retour, Cooper décide de faire de la promotion du washi auprès du public anglais son but, et crée depuis des papier colorés dans ses studio à Bristol.Elle donne aussi régulièrement des lectures, démonstrations et ateliers.
L’artiste vend aussi son propre washi qui est mixé avec des petites quantités de coton pour le rendre plus solide à l’impression. Par ailleurs, Cooper approvisionne les artistes en pulpe de mûrier à papier et importe du washi.
Elle fait aussi la promotion du washi auprès d’autres artistes et designers dans l’intention d’élargir l’attrait de ce papier.

En 2014, le washi a été enregistré par l’UNESCO sur la liste d’héritage culturel intangible avec les types Honminoshi de Gifu, Hosokawashi de la préfecture de Saitama et le Sekishubanshi de la préfecture de Shimane.
Cooper envoie des échantillons de washi à travers le pays pour montrer aux artistes la polyvalence du papier. Elle renvoit leurs impressions à ses collègues japonais.

“Le washi est très résistant, ne se dégrade pas et est extrêment beau, texturé et polyvalent. Je souhaite faire connaître aux gens ses merveilleuses propriétés.La demande est croissante. On peut l’utiliser pour la teinture, l’impression et la couture, pour des luminaires, écrans, vêtement, sculptures et des installations. Les fibres du mûrier peuvent aussi être tressées et filées pour en faire des objets, comme des paniers.” raconte-t-elle.
“Au Japon, même si les Japonais utilisent du papier machine de type occidental, il y a toujours cette place dans leur coeur pour le washi. Heureusement, la tradition sera transmise. Le washi a une immense influence sur le Japon.”

Le washi est utilisé depuis des siècles par des artistes d’estampes japonais, mais aussi pour des documents officiels.
L’artiste Mary Collet raconte “L’usage des papier artisanaux d’Elaine pour le Chine-collé (une technique d’impression) donne aux dessins une texture subtile, qui les rend encore plus intéressants. Malgré son grammage léger, le papier washi est très résistant et facile à utiliser.”

Boutique de papier japonais Kamisho Miyabi (Tokyo)

Kamisho_miyabi 1 papier japonais washi yuzen

Vous vous souvenez, il y a longtemps (enfin 3 ans…), avant mon départ pour le Japon, j’avais repéré cette boutique dans les environs de Tokyo (à Tachikawa) : Kamisho Miyabi. J’étais en extase devant la photo de ce magasin où pendent de partout des feuilles de papiers japonais, et géré par M. Miyabi, un amoureux du washi.

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Et bien, en Juin, j’ai profité d’un court week-end à Tokyo pour me rendre là-bas. Enfin! Et les photos de l’article ne mentait pas. Il y a vraiment des feuilles de papier du sol au plafond. Des rayons, des étagères qui croulent sous les innombrables papiers du monde entier: japonais, népalais, coréens, malaysiens. Il y a aussi un atelier de fabrication de papier chaque mois: prenez un réservation via la page Facebook de la boutique (M.Miyabi parle un peu anglais)

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J’ai mis beaucoup de temps à choisir des papiers, surtout qu’il y a tout un éventail de prix allant du simple washi à celui haut de gamme. Je voulais trouver des papiers originaux à mettre dans la Washi Box de ces derniers mois. Et finalement, j’ai choisi des washi qui reflétaient le travail artisanal des fabricants japonais.

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Ce fut donc un « back to basics » avec un Iyowashi asagami fabriqué à Ehime (Shikoku) avec de l’abaca (chanvre de Manille), un kaya-suki dont les marques de vergeûre (kaya) du tami en bambou apparaissent sur le papier, ainsi qu’un washi de fibres de kozô non blanchies qui donnent un aspect très rustique au papier.

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J’espère retourner à ce magasin la semaine prochaine, et y en rapporter des nouvelles merveilles que je mettrai pour sûr dans la Washi Box, et peut-être sur la Petite boutique du Papier japonais (quand elle aura ré-ouverte :p). Si vous vous rendez sur Tokyo un jour, n’hésitez donc pas à prendre un train pour Tachikawa et visiter cette sublime boutique!

Kamisho Miyabi 紙匠 雅
à 100m de la gare de Tachikawa, Tokyo (東京・立川市 – 〒190-0023 )
Via la ligne de métro Chuo (il y a des express depuis Tokyo).